Nous sommes ce que nous mangeons

Publié le par Avenir en Questions

 

Se nourrir fait partie des besoins fondamentaux pour nous autres humains comme respirer ou se chauffer. Le pic pétrolier tel que nous l’avons vu précédemment impliquera des changements considérables dans toutes nos activités quotidiennes. Aussi qu’en est-il de notre dépendance aux énergies fossiles en ce qui concerne notre alimentation ?

Puisque c’est l’une de nos premières nécessités, il peut être intéressant de se poser la question, non ?

Alors pour faire une petite liste rapide, à chaque fois que nous mangeons quelque chose, quelqu’un consomme du pétrole pour : le tracteur (qui passe au minimum 5 fois sur le champ pour les diverses opérations), les semences, les engrais, les fongicides, les insecticides, le transport, les processus industriels agroalimentaires, le transport, le stockage (chambres froides), les emballages, la mise en rayon, les sacs plastique, le transport en voiture individuelle, le réfrigérateur. Autant dire que le pétrole est omniprésent.

Quand on prend conscience de cette réalité, on comprend mieux le graphique suivant qui nous montre un lien assez frappant entre le prix de l’alimentation et le prix de l’énergie.

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Les bienfaits de la révolution verte

Cette industrialisation de la filière agricole a commencé en France au lendemain de la seconde guerre mondiale. Le but était d’augmenter rapidement la production agricole pour nourrir toute la population et sortir du système de rationnement. Le tracteur s’est démocratisé et l’utilisation des intrants aussi. Au niveau mondial, tout ceci a été théorisée par Norman Borlaug sous le nom de Révolution Verte. Il a même reçu un Prix Nobel pour la Paix en 1970. En Inde, ce système a permis de nourrir une population en constante augmentation durant plusieurs décennies.

Durant cette révolution, les politiques nationales (Dans l’UE, c’est la PAC) ont aidés massivement les agriculteurs à investir dans du matériel neuf et à utiliser de manière intensive l’utilisation des intrants pour augmenter au maximum les rendements. Le but a été parfaitement atteint si on regarde le graphique ci-dessous.

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Cependant, cela ne s’est pas fait sans quelques désagréments. Tout d’abord, ce sont les plus grandes exploitations qui ont principalement bénéficié des subventions. Ainsi les plus modestes ont été rachetées par d’autres, plus grandes, pour devenir plus compétitives contribuant ainsi à la désertification des campagnes et la création de bidonvilles. Ensuite, chaque exploitation, puis chaque région a commencé à se spécialiser en développant des monocultures (En France, on a le blé en Beauce, l’élevage en Bretagne, le fourrage dans le sud ouest) ce qui a diminué considérablement le nombre d’espèces cultivées (par exemple, une prime est octroyée pour l’arrachage de vergers). D’autre part, les semences qui étaient depuis toujours produites localement, ou par les agriculteurs eux-mêmes, sont désormais achetées à des groupes industriels. En effet, ces derniers proposent des variétés résistantes au froid, à la sécheresse, à l’humidité, aux maladies mais surtout permettant de produire des plants tous identiques (oui, on peut parler de clones) ce qui facilite énormément la mécanisation… Cependant tout n’est pas si rose. Ces semences (appelées également hydrides F1, cliquez ici pour en savoir plus) ne peuvent pas être réutilisées d’une année sur l’autre et il faut, chaque année, en acheter de nouvelles. Eh oui, Business is Business. Il faut également noter que les plantes issues de ces cultures vont avoir des besoins plus importants en eau, engrais, pesticides.

Effectivement, la révolution verte a permis une augmentation très importante de la productivité mais elle a également donné l’opportunité aux actionnaires de quelques grands groupes industriels et à quelques très grandes exploitations de bénéficier d’une manne financière (publique) astronomique (exemple : 55 Milliards d’€ en 2009 pour l’UE, 43% de son budget). Bien évidement, tout ceci est très positif pour la croissance du PIB et les grands partis politiques de la plupart des pays du monde continueront d’encourager au maximum un tel système.

Pourtant les victimes sont nombreuses. D’abord, les petites exploitations ont de plus en plus de problèmes de surendettement (Le problème en France et en Inde) car elles sont obligées d’investir sans avoir de certitude sur les prix (Dans le même temps, les semenciers ont, eux, moins de problème de trésorerie : ce groupe compte un CA en hausse de 9% en 2009). Ensuite, les contribuables, car cette agriculture, même raisonnée, n’en reste pas moins une source de pollution importante qui nuit à la santé de la population (L’avis de la FAO). Ceci engendre d’autres dépenses (de moins en moins publiques) pour la santé. Enfin, les consommateurs puisque je ne considère pas gagnants ceux qui vont manger cette tarte à la cerise fruit de notre grande industrie agroalimentaire*.

 

Finalement, tout ceci peut paraitre une bonne nouvelle puisque nous sommes tous des actionnaires comblés (Pour Federal Finance – voir à la fin de l’article– 2010 a été « une très belle année » sur le marché des matières premières agricoles, grâce notamment aux incendies en Russie, aux inondations en Asie et aux troubles politiques en Côte d’Ivoire) et que nous ne payons pas d’impôts grâce à votre gérant de patrimoine. Eh bien non ! Désolé, même pour vous, il y a quelques préoccupations à avoir.

 

Iceberg en vue, vitesse maximum

C’est dans ce contexte tout à fait rassurant que nous allons aborder une crise majeure dans les années à venir : le pic pétrolier.

Comme nous l’avons vu plus haut, notre alimentation est directement liée au pétrole. Une augmentation des prix du pétrole sera répercutée directement sur les prix des productions agricoles (qui sont déjà eux-mêmes élevés pour d’autres raisons conjoncturelles) et sur les produits transformés par l’industrie agroalimentaire. Aussi, il ne faut pas compter uniquement sur une envolée des prix, mais également par la suite, sur une diminution des ressources énergétiques à notre disposition (à moins que vous préfériez déclarer une petite guerre pour prendre la dose de votre voisin). Autre information à avoir en tête : si vous plantez du blé en pleine Beauce dans un champ qui a connu 20 ou 30 ans d’agriculture conventionnelle, sans y apporté l’engrais qui va avec, vous pouvez attendre un moment avant de voir pousser des grains exploitables. Cette terre est morte comme 90% des terres cultivées en France (Voir cet extrait de Nos Enfants Nous Accuseront, documentaire de Jean Paul Jaud à partir de la 11’). Et il faut compter entre 5 et 15 ans pour que la faune d’un sol se régénère complètement.

Ah bon, il y a de la faune dans le sol ? Aujourd’hui quand on parle de microbiologie en agriculture ou en industrie agroalimentaire, on fait référence aux microbes et donc aux maladies. La microbiologie des sols, c'est-à-dire l’étude des petites bêtes qui travaillent toutes seules dans le sol, est une science très complexe qui a été complètement mise de côté. Si on demande au site internet de lafranceagricole.fr, il n’en a jamais entendu parler ! On pourrait croire que c’est la base de l’agriculture mais apparemment il n’en est rien. Dans l’agriculture conventionnelle, la terre est utilisée comme un substrat quelconque, elle pourrait très bien être remplacée par du sable ça ne changerait pas grand chose.


Les solutions (bio) locales

Pourtant, il est possible de changer de direction. Grâce à la microbiologie des sols, il a été possible de comprendre comment fonctionne une forêt, écosystème luxuriant et pourtant autogéré ! Ainsi, il a été possible de s’en inspirer en utilisant, par exemple, le bois raméal fragmenté, appelé aussi BRF, qui permet de nourrir le sol de façon naturelle et très efficace. De la même manière, il a été démontré que le labour, image mythique de nos campagnes, est tout à fait contre indiqué pour préserver la cohésion de l’écosystème. L’approche de la permaculture est également un exemple à suivre. Plus qu’un nouveau type d’agriculture, c’est plutôt une manière de dessiner un espace de vie en travaillant avec et non pas contre la nature (voir cette vidéo).

Alors, oui, il faut encourager l’agriculture biologique. Voici la réponse pour ceux qui se demandent si on peut nourrir toute la planète avec du bio. Pour cela, il faudrait surtout arrêter de penser qu’il est important de manger de la viande tous les jours à chaque repas. Il faut savoir qu’il faut dépenser 10 calories pour produire 1 calorie de viande (plus d’info) ! Et pour ceux qui trouvent que le bio c’est trop cher, je leur propose d’aller demander à leurs élus de bien vouloir subventionner cette agriculture de la même manière que celle conventionnelle pour comparer du comparable. Mais le bio doit rester proche de la terre, attention à la schizophrénie avant d’acheter du sel bio de l’Himalaya ou des biscuits bio à la fraise avec 3 niveaux d’emballage ! Au risque de me répéter, le bio le moins cher, c’est celui du jardin (le vôtre, celui d’un voisin, d’un parent, d’un ami) ou de votre AMAP et que vous aurez cuisiné vous même.

Ce repas aura, c’est certain, une toute autre saveur.

 

Ce sujet est à la fois important et central pour que les choses changent et j’ai tenté ici de résumer l’état actuel des choses. Si vous voulez continuer de vous informer en investiguant d’avantage, voici quelques sources d’inspiration que je recommande à tous.

 

Les documentaires :

Nos enfants nous accuseront de Jean-Paul Jaud

Solutions locales pour un désordre global de Coline Serreau. (Interviewée par Karl Zéro)

We feed the world de Erwin Wagenhofer (A voir ici).

Mais aussi :

La Permaculture: un intérêt économique, une étude de Sébastien Debande.

Pour ceux qui veulent approfondir le sujet de la microbiologie des sols voici une conférence de Claude Bourguignon l’un des rares spécialistes français qui parle très bien du sujet : première partie et deuxième partie

Pour cultiver son potager en famille, visitez le site très intéressant : Reptily family et le livre qui va avec : le potager anti crise.

Comment sont produits ces poissons sans arêtes, reportage diffusé sur M6

 

N’hésitez pas à me faire parvenir vos remarques et à diffuser cette page à ceux que vous voulez sensibiliser.

A très bientôt.

 

 

* Je vous propose le documentaire Notre poison quotidien de Marie Monique Robin qui sera diffusé le 15 mars sur ARTE, à 20h40.

 

Vous pouvez retrouver un débat entre la réalisatrice et Jean-Charles Bocquet, directeur du syndicat de l'industrie des pesticides en suivant ce lien : http://www.liberation.fr/terre/06013220-pesticides-notre-poison-quotidien

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Francis 14/10/2011 12:50



merci bien. Tout est vrai. J'ai lu en travers mais si je relis en travers de l'autre cote, j'aurai tout lu. Je pense que en ce qui concerne l'avis des FranCais (et ssa demanderait specification
d;englober tout le monde comme ssa) il faut dire qu'il est extremement difficile de changer les habitudes des consommateurs et de leur faire ouvrir les yeux sur des realites economiques, des
chiffres, des faits. Tout le monde est conscient de certains maux mais il semble impossible a la masse de discerner l'ascethisme, une meilleure hygiene de vie, des legumes qui poussent pas en
serre, des camions qui ne voyagent pas par milliers au travers de l'Europe, des vieux cargos qu'un armateur continue de faire tanguer dans les eaux sachant que sa coque peut s'y briser. Je pense
etrangement qu'on choisit d'ignorer la methode laquelle nous ferait devenir meilleurs. J;essaie tant que je peux de ne pas consommer trop de plastique, un derive du petrole, completement inutile.
je pense etre gros comme deux africains, mais ssa va changer. La 'culture' est extremement responsable des fleaux consommateurs-a-outrance qui nous americanisent de jour en jour. C'est a croire
qu'on a oublie d'ou l'on vient, comme les americains cependant. Merci pour se site tres interessant.



PATTEDOIE 03/09/2011 12:38



Excellent article qui mériterai même d'être approfondit tant il y aurait de choses à dire.


Les acharnés de l'aggriculture intensive ou encore les marchands de prétendus carburants "verts" feraient bien de s'en inspirer. Une bonne prise de conscience pour personnes censées, très éloigné
des débats stériles que nous proposent les politiques "compris les verts écologie".


La biodiversité doit se retrouver partour et surtout dans ce que nous mangeons, revenir à une aggriculture à l'échelle humaine, proscrire les moyens mécaniques pour revenir vers des moyens plus
conventionnels c'est possible, redonner à nos campagnes un visage agréable et attirant, c'est aussi possible, redonner vie aux bocages, développer les biefs, redonner vie à nos marais et nos
étangs, mettre un terme aux plantations monoculturales et aux forêts artificielles c'est également possible. 


Les richesses de demain ne seront ni l'or, ni le pétrole, ni aucun autre moyen de spéculation. Celui ou celle qui possèdera de l'eau, de la terre et une forêt, ne souffrira jamais de la faim,
pourra étancher sa soif et nourrir ses proches. C'est ainsi que je vois l'avenir.


Bien cordialement. 



valerie 22/03/2011 22:12



Et pour continuer avec de bonnes référebces, il y a aussi l'excellent ouvrage de Jane Goodal "Nous sommes ce que nious mangeons"!



Nicolas 13/03/2011 10:26



bonjour, je me suis venu après votre lien sur le blog ecolo du monde (carburant E10)


Article bien documenté, enfin quelqu'un qui parle de la microbiologie des sols et qui a elle seule montre qu'il est horrible de penser brûler les sols "pour faire de l'engrais" (technique corse)


 



Joe 07/03/2011 23:42



Le lien de l'article sur l'intérêt éco de la permaculture est mort..


Il est désormais disponible ici


http://www.box.net/shared/og4050qrav



Avenir en Questions 08/03/2011 10:02



Merci beaucoup, je l'actualise dans l'article !