La résilience
Bien, nous savons désormais que notre futur (et il n’est pas vraiment important d’avoir une date précise en tête) se fera avec de moins en moins de pétrole. Il deviendra ainsi de plus en plus cher car chacun en voudra le maximum pour lui et pour ses proches afin de ne pas avoir à changer sa manière de vivre. Drogués au pétrole, oui sûrement ! Si vous n’êtes toujours pas convaincus, je vous propose cette vidéo (Le plastique, c’est fantastique !) qui n’aura pas besoin de commentaires (possibilité de choisir la langue pour les sous-titres).
Les personnes qui viennent de prendre conscience de cette réalité (voir mon article précédent) et de ses conséquences peuvent réagir de plusieurs manières : du déni à la peur en passant par une sensation de stress ou l’envie de se réfugier sur une île à l’autre bout du monde. Le but de cet article est de vous montrer que des solutions existent, qu’elles ne sont sûrement pas individualistes, que d’autres personnes se sont déjà mises en marche et qu’il est possible de suivre leur exemple.
Diminution de notre dépendance au pétrole ou comment devenir résilient
Voici comment Benoit Thévard, spécialiste français de la résilience, l'explique sur son blog :
“[C’est] La capacité d’un système à absorber un changement perturbant et à se réorganiser en intégrant ce changement, tout en conservant essentiellement la même fonction, la même structure, la même identité et les mêmes capacités de réaction.” (Dr Brian Walker)
Cette définition peut s’appliquer à un écosystème, à un état psychologique, à des matériaux, mais aussi à une communauté humaine. Elle définit ainsi la capacité à ne pas être complètement désorganisé en cas de perturbation majeure de son fonctionnement habituel.
Son action de sensibilisation va dans le même sens que les initiatives de transition impulsées par Rob Hopkins en Irlande en 2006 et qui, depuis, se sont développées un peu partout au Royaume-Uni puis dans le monde.
A l’origine, l’objectif de leur action était d’utiliser au mieux l’énergie dont nous disposons en sachant que petit à petit son prix allait augmenter avant de devenir de plus en plus rare. La tâche n’était pas forcément simple surtout en gardant notre état d’esprit individualiste. Nous avons toujours vécu (à part ceux qui ont connu la seconde guerre mondiale) dans un monde où nous devions partager le fruit de la croissance.
Chaque année, il fallait déterminer qui allait profiter des 3% supplémentaires. Les actionnaires, les dirigeants, les salariés… Déjà ainsi, il n’y avait rien d’évident ; alors quand il y aura récession et que nos dirigeants devront trouver un accord pour savoir quelle catégorie sera la moins pénalisée, on risque quelques tensions.
Petit aparté. Mais au fait, être en croissance, est-ce que cela veut forcément dire que la richesse globale d’un pays augmente ? Eh bien désolé de vous décevoir, mais non ! La croissance (l’augmentation du PIB), c’est la hausse de l’activité marchande d’un pays. Mais cet indicateur ne prend pas en compte la diminution des ressources mises à notre disposition gracieusement par la nature qui ont été nécessaires pour réaliser cette activité (le pétrole, les minerais, l’eau et l’air non pollués, les poissons, les arbres des forêts, la beauté des paysages n’ont aucune valeur dans un tel système : plus d’explications). Ainsi, nous pouvons douter de l’efficacité d’un tel indicateur qui encourage l’exploitation intensive des ressources naturelles.
Pour revenir plus concrètement à notre sujet, il s’agit donc de trouver, à un niveau local, des solutions concrètes pour diminuer notre dépendance. Eh oui, toute solution résiliente est avant tout locale ! Avec un pétrole cher, la mondialisation ne sera plus vraiment à l’ordre du jour ! Aussi, il est beaucoup plus simple d’impulser une dynamique de changement à l’échelle d’un quartier ou d’une commune, sur lesquels nous pouvons avoir un impact plus grand, mais également à partir duquel nous pouvons récolter les fruits de notre action directement dans notre vie quotidienne. Il est vrai que tout ceci paraît plus facile à mettre en place dans une commune rurale que dans le 1er arrondissement de Paris mais tout système est améliorable !
Même si dans notre beau pays, nous avons plutôt pris l’habitude que l’initiative vienne d’en haut, il sera préférable de commencer sans un feu vert quelconque, de la même manière qu’il ne faut pas attendre des miracles de la part des dirigeants du monde (USA et Chine en tête) en matière d’environnement. Ce sont deux approches différentes, l’une n’empêche pas l’autre, bien au contraire. Lancez-vous !
Il n’y a pas de bons moments. Vous pouvez penser qu’il aurait fallu commencer il y a 5 ou 10 ans. Le seul bon moment pour commencer : c’est maintenant ! Vous pouvez vous dire qu’on a encore le temps ou bien qu’il est trop tard. Mais non, il n’est jamais trop tard. Aujourd’hui, c’est mieux que demain.
Quelles actions ?
La première chose à avoir en tête c’est qu’il est préférable de changer beaucoup de petites choses plutôt que de vouloir lancer deux ou trois grands projets. Ces grands projets de fond, laissons-les donc à nos chers élus pour les occuper un peu quand ils se réveilleront. Ils ont d’autres moyens que nous pour les mener à bien.
Ainsi, la plupart des sujets de sociétés peuvent être abordés sous l’angle de la résilience. Ces réflexions doivent être menées par les habitants du village ou du quartier concerné en créant ainsi une dynamique mobilisatrice. Tout le monde doit se sentir concerné. Les initiatives de transitions qui ont déjà quelques années d’expériences en Angleterre ont rencontré un succès populaire bien au-dessus des espérances des organisateurs. Même s’il est vrai que nous avons beaucoup de retard de ce côté-ci de la Manche où la problématique du pic pétrolier est beaucoup moins médiatisée. Je vous encourage vivement à regarder ce documentaire très bien fait qui résume leurs actions. Si vous vous sentez inspiré, il existe un portail collaboratif qui permet de mettre en commun les ressources (vidéos, manuel de transition, documents pour conférences…). Et s’il n’y a pas encore d’initiative près de chez vous, allez faire un tour du côté de l’association Colibris qui recense des acteurs locaux qui sont déjà sensibilisés aux mêmes problématiques.
En général, le premier sujet sur lequel les groupes travaillent, c’est l’alimentation. On considère aujourd’hui qu’un légume peut parcourir plusieurs milliers de kilomètres avant d’atterrir dans notre assiette (producteur -> grossiste -> supermarché -> réfrigérateur). Cette filière n’a pas d’avenir dans un monde où l’énergie est chère. Aussi, continuer à entretenir une telle production, c’est être dépendant d’elle et c’est se mettre en danger. Alors la solution la plus simple est de commencer par cultiver son potager (eh, oui !), échanger sa production avec ses voisins et ses proches, et composter ses déchets verts. Comme tout le monde ne possède pas de terrain, il est aussi intéressant de mettre en relation les personnes qui en ont trop (personnes âgées) et ceux qui n’en ont pas (habitants d’appartements) ou peu. Ceci a, de plus, l’avantage de recréer le lien social qui fait tant défaut aujourd’hui. D'autant plus que les personnes âgées ont, en général, une grande expérience dans ces domaines qui pourra être d’une grande utilité pour ceux qui débutent. Une seconde étape pourrait être de se rapprocher des producteurs locaux pour valoriser leurs productions avec le minimum d’intermédiaires comme cela existe par exemple avec les AMAP.
Il est également possible de créer des réseaux de mise en commun d’appareils en tous genres que tout le monde achète aujourd’hui mais que l’on pourrait très bien se prêter davantage (tondeuse, motoculteur, taille haie, matériel de bricolage et de jardinage…).
De la même manière, il est possible de s’attaquer à d’autres thèmes tels que l’éducation, l’énergie, les transports, l’économie (Quelques exemples). Les solutions et les propositions qui émergeront seront celles qui correspondront à votre territoire et ne seront pas forcément applicables dans un autre. En effet, chacun d’eux est spécifique par son climat, son relief, son tissu social et économique : alors à vous de jouer !
Que tout soit bien clair ici. Je suis loin d’être un extrémiste. Je dirais même que je suis plutôt quelqu’un de sage et de posé. Ce que j’écris ici dans mes articles n’a rien de farfelu, d’irraisonné ou d’illuminé. C’est le fruit de nombreuses réflexions qui m’habitent depuis des années et qui se sont décantées dernièrement grâce aux études et aux expériences qui ont fait leurs preuves.
Il est vrai que « montrer une autre voie » ou « faire entendre une autre voix », ce n’est pas forcement simple. Il est moins difficile de suivre la pensée commune. Mais je suis convaincu que notre capacité à devenir résilient sera le défi du début de ce siècle. Je sais bien qu’il peut être apeurant mais il n’en reste pas moins nécessaire, ambitieux et enthousiasmant !
C’est à chacun de nous de construire, dès aujourd’hui, notre avenir au sein d’initiatives de transitions.
N’hésitez pas à me faire parvenir vos remarques et à diffuser cette page à ceux que vous voulez sensibiliser.
A très bientôt.