Les Limites au Culte de la Croissance

Publié le par Avenir en Questions

 

Comme je l’ai écris dans l’article où je présentais ma démarche, j’ai longtemps cru aux vertus de la croissance économique. En bon petit soldat, j’avais bien intégré que je devais rendre l’entreprise pour laquelle je travaillais, la plus performante possible. De cette manière, je l’aidais à conquérir de nouveaux marchés et à donner du travail à ses salariés. En contrepartie, elle m’aidait, à travers de mon salaire (revu régulièrement à la hausse) à satisfaire mes envies de divertissement, de biens matériels et de voyages.

 

Mais, au fait, c’est quoi la croissance ?

« C’est la progression du PIB, c'est-à-dire la progression du volume de toutes les productions de biens et de services qui se vendent, ou qui coûtent monétairement, produites par du travail rémunéré. » (Jean Gadrey)

 

Croissez et multipliez

Depuis Adam Smith, il est communément admis que l’économie doit croitre pour être en bonne santé et que seule une économie en bonne santé conduit à la prospérité de ces citoyens. Ainsi chaque fin de mois, chaque fin de trimestre, semestre ou année, les médias n’oublient jamais de nous communiquer le chiffre que tout le monde attend : la croissance (ceci sans compter les prévisions des experts, revues régulièrement à la hausse ou à la baisse).

C’est un peu la météo de l’économie. La croissance augmente de 1,5% par an : « ça va, tout juste !», en dessous de 1% : « attention, le chômage va augmenter », au dessus de 3% : « on est les rois du pétrole ! » et quand c’est en négatif : « c’est la crise ! » (ou même la fin du monde).

Et ceci est toujours accompagné plus ou moins implicitement que « PLUS » c’est toujours mieux car bien sur, la richesse créée, est redistribuée et tout le monde en profite alimentant ainsi cette grande croyance collective. (Le président Nicolas Sarkozy a bien gagné la présidentielle de 2007 grâce à son slogan : « Travailler plus pour gagner plus », non ?)

Aussi, nous avons en France une spécificité par rapport à nos voisins européens (l’Allemagne par exemple), en effet, une grande partie de notre croissance est basée sur notre capacité à consommer (voir article). Il est possible de conclure rapidement que consommer est un acte tout à fait patriotique et nécessaire pour soutenir l’économie. Et que la surconsommation (Prêt à jeter, l’obsolescence programmée) est à encourager.

Des USA à la Chine, de la Grèce au Burkina Faso, l’économie du « toujours plus » est devenue une religion avec pour dogme principal la croissance. Et pour servir ce culte, nous avons tous les partis politiques qui sont passés par le pouvoir depuis 50 ans, la télévision avec sa publicité,  avec ses jeux et séries, et les banques avec leur arme de destruction massive : le crédit (nous y reviendrons ultérieurement). Autrement dit, il n’y a pas de place pour un autre mode de pensée.

 

Une telle hégémonie peut donner l’impression que tout est parfait dans ce système. Cependant voilà, ce n’est pas si évident !

Sur une planète composée de ressources finies (voir ici l’article sur le pic pétrolier), est-il possible de croître indéfiniment ? C’est grâce aux énergies fossiles que l’économie mondiale s’est développée alors comment faire quand il y en aura moins (ou voire beaucoup moins) ou quand il sera plus cher pour maintenir cette croissance. (Economie et Pétrole). Rien sur terre n’est infini. Tout a un début et tout a une fin.

La croissance était surement envisageable (et souhaitable ?) quand 500 millions d’occidentaux ont commencé à consommer en masse il y a 50 ans mais aujourd’hui, grâce principalement à la télévision, ce sont les 7 Milliards d’humains qui cherchent à suivre l’American Way of Life. Sauf que pour se faire, il faudrait 4,5 planètes* à notre disposition. On peut toujours se cacher les yeux en disant qu’en Europe, notre mode de vie est différent (seulement 2,5 planètes*). Mais au bout du compte, cela est encore soutenable parce que 80% de l’humanité en utilise bien moins d’une demie. Une question intéressante est de se demander à quoi serions-nous capable de renoncer pour laisser aux autres la possibilité de vivre décemment.

 

Le PIB, un indicateur défectueux.

Le Produit Intérieur Brut est, par définition (voir au début de l’article), le résultat d’un calcul assez simple. En effet, on additionne tout ce qui s’est échangé en France pendant un an et qui se termine par €. Ainsi, pour faire un bon score, il faut qu’il y ait le maximum d’échange possible.

 

Imaginez un monde où les gens travaillent moins mais où les gens travaillent tous, où il n’y a pas de riches, pas de pauvres (et donc pas d’exclusion), où les gens ont le temps de profiter les uns des autres et où les échanges se font principalement sur le mode du troc, où les gens sont en bonne santé car bien dans leur peau. Ce monde a un PIB trop faible. Game Over !

Même joueur joue encore :

Imaginez maintenant un autre monde où le troc est interdit et où tous les échanges sont scrupuleusement enregistrés, où tout le monde travaille beaucoup (beaucoup d’argent à dépenser), avec des machines très perfectionnées (très chères à l’achat), où l’important est de produire plus et plus vite pour répondre aux besoins d’une population ayant une soif de consommation inépuisable, où dépolluer est une obligation pour survivre et où se soigner fait produire des médicaments en grande quantité. Ce monde fait exploser tous les records de PIB. Congratulation !

Lequel de ces deux mondes vous tente le plus ?

Je terminerai cet article par cette citation de Robert Kennedy :

« Notre PIB, déclarait t-il, comprend aussi la pollution de l’air, la publicité pour les cigarettes et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur les routes. Il comprend la destruction de nos forêts et la destruction de la nature. Il comprend le napalm et le coût de stockage des déchets radioactifs. En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, de la gaieté de leurs jeux, de la beauté de notre poésie ou de la solidité de nos mariages. Il ne prend pas en considération notre courage, notre intégrité, notre intelligence, notre sagesse. Il mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut d’être vécue. »

 

N’hésitez pas à me faire parvenir vos remarques et à diffuser cette page à ceux que vous voulez sensibiliser pour aider à la prise de conscience collective.

A très bientôt.

 

 

* Site WWF, carte 3 page 38 du rapport « Planète Vivante 2010 »

Publié dans Aujourd'hui

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alex 11/11/2011 15:46



à voir absolument sur ce sujet : le film Indices (où témoigne Jean Gadrey que vous citez). 


Ce documentaire de Vincent Glenn expose les aberrations du mode de calcul du
Produit Intérieur Brut (PIB). Il additionne en positif les réparations occasionnées par les catastrophes, ne tient aucun compte du bénévolat et continue à être le principal critère utilisé pour
situer le "niveau de vie" et la "richesse" des nations et, par extension, le bien-être des populations. "Indices" explore également les alternatives déjà disponibles pour mesurer le véritable
progrès social, les différentes dimensions de la richesse et du bien-être.



Kaliscot 18/10/2011 09:30



En reponse : Est-ce à dire que vous pensez qu'apres le petrole nous ne pourrons plus rien faire ? Ou, du moins, beaucoup moins de choses ?
Je suis d'accord avec le principe de la finitude des matières premières, je voulais simplement dire que l'homme peux en changer pour faire durer comme il l'a toujours fait.


La fin du petrole ne sera pas une partie de plaisir, mais elle marquera un tournant attendu et bienvenu : Face à la montée irrepressible du prix du baril, la prise de conscience et l'adhesion
massive au renouvelable (def: sans finitude )


Que faudrait-il ? Que nous soyons bien moins sur cette planete afin qu'il y en ai pour tout le monde, que la planete puisse enfin se renouveller ? Je suis bien d'accord. Je suis moi aussi contre
la croissance à commencer par la demographie mondiale.


La solution est "relativement" simple : Moins de monde, et de l'energie renouvelable à 100 %.
En gros, le renouvelable ne pourra jamais l'etre au max mais on fera ce qu'on pourra et le monde devra adopter la loi Chinoise de l'enfant unique. Charmant.


A moins de s'expatrier sur Mars ou ailleurs, on pourra difficilement faire mieux...


 



Avenir en Questions 18/10/2011 10:46



La maitrise de la démographie n'est qu'une partie de la réponse. Le plus important c'est un changement de paradigme. Les êtres humains doivent comprendre que la course au "toujours plus" n'a
aucun intérêt et que cela ne va pas les rendre plus heureux.


Si la population mondiale ne pendre pas conscience de cela à temps (et j'ai quelques doutes), le problème de démographie se résoudra de lui-même (guerre, famine, maladie...).



alamasse 14/10/2011 17:00


Votre discours se rapproche très prêt de celui des décroissants/objecteurs de croissance (dont je me prétends être). Peut-être en êtes vous déjà?


Avenir en Questions 14/10/2011 19:28



J'en suis proche en effet.



Kaliscot 06/10/2011 00:33



Mes points de desaccord tout d'abord : Les evolutions technologiques sortent de l'esprit humain, donc du neant, et crées de la richesse (PIB) en permanence. On peux donc creer de la croissance à
partir de "rien". Ce n'est donc pas qu'une question de finitude des matières premières de la planete, c'est plus subtil.


J'attends cependant avec impatience la fin programmée de l'ère du petrole. L'homme s'est toujours adaptés. Bon grès mal gres, tres tot ou en retard, peu importe. Il y aura une ère "mad-maxiène"
ou bien encore auront nous mis les bouchée double pour mettre un systeme "renouvelable " en place (apres nous etre fait pressuré au maximum, possibilité que je trouve malheureusement tres
credible )


La croissance, c'est tout simplement le systeme mis au point pour tous nous maintenir dans un eternel purgatoire, mais le purgatoire, c'est malheureusement ce qui marche le mieux avec les betes
de sommes qui constituent l'humanité.



Avenir en Questions 14/10/2011 17:39



Oui en effet nous sommes en désaccord. L'homme crée surement des idées à partir de rien mais pour créer du PIB (différent de richesse), il faut des matières premières. Je redis : la croissance
perpétuelle est impossible avec la finitude de la planète.


Pour ce qui est de la fin "programmée" de l'ère du pétrole, ne vous rejouissez pas trop. Elle va arriver rapidement et ce ne sera rien d'une partie de plaisir : blog oilman



sam 05/10/2011 18:04



Je suis parfaitement d'accord avec cet article. Bravo à "avenir en questions". Je suis en train de lire le dernier livre de Jean-Marc JANCOVICI que je vous recommande fortement "Changer le monde,
tout un programme". Il explique qu'il faut un nouveau projet de société, tout entier tournée vers une économie "décarbonné" et qui touchera à tout: nos métiers, notre habitat, notre système de
soins, notre agriculture, notre alimentation, notre mobilité, notre armée et notre démocratie, la consolidation de l'Europe, la productivité du travail et la gestion des retraites.