Le point sur le pic pétrolier

Publié le par Avenir en Questions

Un jour, je reçois un mail de la part de mon jeune frère avec ce lien. Il me conseille de regarder cette vidéo d’une heure et demie sur le pétrole et le climat. Etant très occupé par diverses activités professionnelles et de loisirs, je remettais régulièrement ce visionnage d’autant plus que je me sentais déjà bien sensibilisé au problème. En effet, comme je l’ai dit dans l’article de présentation, j’avais la chance d’aller travailler en vélo. De même, j’utilisais le train le plus souvent possible pour les longues distances, je prenais rarement la voiture (j’allais faire mes courses au supermarché à côté de chez moi plutôt qu’à l’hypermarché en périphérie) et encore moins l’avion. Enfin, je me chauffais au gaz. Tout cela me donnait l’impression d’être à l’abri d’un problème à court et à moyen terme avec le pétrole. Surtout que depuis 40 ans, on nous dit que nous en avons encore pour 40 ans de consommation (ce qui est tout à fait vrai !). Idem pour le climat, pour les mêmes raisons, je me sentais en paix avec moi-même quant à mon empreinte écologique. Alors pourquoi ressasser tout ça encore une fois !

Un an après avoir reçu ce mail, j’ai finalement trouvé le temps de regarder cette conférence. Et là, je dois dire qu’il y a eu un avant et un après. Comme une prise de conscience, directe, subite qui a changé, de manière irrémédiable, ma vision du futur. Et non, les hommes ne retourneront pas de sitôt sur la lune, non, nous n’aurons pas la chance de devenir obèses ou de conduire des voitures volantes. Et même PIRE, il va falloir se serrer la ceinture. Désolé de briser vos rêves, mais il fallait bien que quelqu’un vous le dise un jour (et si on doit attendre que les médias s’en chargent, on peut encore attendre longtemps) et le plus tôt sera le mieux.

Bon, je vous entends déjà : « C’est quoi cette histoire ! », « Mais de quoi parle-t-il ? », « Ouais, c’est ça, bien sûr ! Cause toujours ». Et oui, la pilule ne va pas être très facile à avaler. Mais il faudra bien.

Bon, pour ceux qui n’ont toujours pas vu la conférence évoquée plus haut, je vais tenter de vous expliquer du mieux possible la notion de pic pétrolier. Je vais simplifier au maximum le concept, si vous voulez plus d’informations en détails, je vous propose de cliquer ici, ici ou ici.

Pour commencer, nous allons étudier le comportement d’un gisement de pétrole (imaginez un ballon de baudruche plein de liquide enterré sous terre) qui, à notre échelle d’être humain, a une quantité de ressources déterminée au départ et qui ne bougera plus. Une fois l’extraction commencée, on peut augmenter la vitesse de production en ajoutant, par exemple, d’autres puits sur le même gisement ou en améliorant la technologie utilisée. Mais tout le monde comprendra fort aisément que la production d’un gisement ne peut pas augmenter en permanence. La quantité étant définie une fois pour toute au départ, le ballon va se vider et à partir d’un moment, les puits vont se fermer les uns après les autres (n’ayant plus rien à pomper) diminuant ainsi la capacité de production journalière jusqu’à la dernière goutte. Ce modèle s’applique, aussi bien, sur un gisement précis que sur l’ensemble des gisements d’une région, d’un pays ou du monde entier. Ainsi comme Hubbert l’avait défini en 1956, la production (ou extraction) d’une manière première augmente, passe par un maximum et ensuite chute jusqu’à 0. On parle de pic quand la production est arrivée à son maximum. A ce moment là, environ la moitié de l’extraction a été réalisée. Il en reste encore beaucoup (les 40 ans que tout le monde a en tête quand il s’agit du pétrole) mais on en produira de moins en moins et il sera de plus en plus difficile (donc plus cher) à extraire. Il existe un pic pour toutes les ressources naturelles primaires énergétiques (pétrole, charbon, gaz, uranium…) ou non (fer, phosphate, or, cuivre…).

Ainsi, il est certain, et personne ne le nie aujourd’hui, que la production journalière de pétrole dans le monde va diminuer. Désolé de vous réveiller brutalement, mais l’époque des grandes explorations est terminée depuis pas mal de temps déjà : bienvenue dans ce monde où les choses ont une fin que l’on appelle la Terre. La seule question importante, désormais, est de savoir quand !

Et bien, la réponse c’est AUJOURD’HUI à 3 ou 4 ans près (passés ou futurs). C'est-à-dire que beaucoup de gens ont une idée sur la question (Un premier avis, d’autres ou encore cet article sur l’inquiétude du Pentagone) mais que personne ne sait vraiment. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il y a une grosse opacité de la part des pays producteurs de pétrole (OPEP) qui ont intérêt à surestimer leurs réserves.

 

La fin de l’ère du pétrole

Le pic pétrolier annonce donc la fin de l’énergie bon marché. En effet, si la production de pétrole s’arrête de croître alors que la demande mondiale est de plus en plus forte (Chine, Inde…), le prix monte en flèche. Il y a déjà eu, en 2007-2008, une tension forte sur les marchés (voir ci-dessous le PDG de Total auditionné par la commission Energie du Sénat) qui a eu pour conséquence un doublement du prix sur une période d’un an (et qui s’est subitement arrêtée avec la crise). Aussi, cette augmentation du prix du pétrole va entraîner les prix de toutes les autres énergies à la hausse.

 


 

 

A l’heure actuelle, il n’existe aucune source d’énergie capable de combler le vide laissé par le pétrole. Vous avez sans doute en tête les biocarburants, l’éolien et le solaire qui font la une des journaux télévisés : ils représentent aujourd’hui, cumulés, bien moins de 1% de la consommation française (et moins de 0,1% au niveau mondial). Sur internet, on parle ici et , de sources d’énergie provenant de l’hydrogène ou des algues. Toutes ces solutions alternatives sont certainement très intéressantes mais elles paraissent tout simplement dérisoires par rapport aux enjeux que nous évoquons ici. Il faut bien avoir conscience qu’il faut compter plusieurs décennies avant que ces technologies puissent remplacer le pétrole d’une manière significative. De la même manière, le nucléaire, (je mets le débat idéologique volontairement entre parenthèses) dont la puissance énergétique pourrait correspondre aux ordres de grandeur nécessaires, ne pourrait pas être relancé dans les délais nécessaires (Il faut compter 10 ans pour qu’un nouveau projet devienne opérationnel). Il faudrait des investissements pharaoniques sans oublier que l'uranium connaitra aussi un pic de production.

Le pétrole, c’est quoi aujourd’hui ?

Depuis un siècle, le développement de nos sociétés s’est réalisé principalement grâce au pétrole qui a permis de remplacer la force humaine et animale par la machine. On a pu, de façon spectaculaire, fabriquer et transporter tous les biens de consommation courants pour des coûts relatifs toujours plus faibles. L’homme a eu à sa disposition toujours plus d’esclaves énergétiques comme le dit si bien Jean-Marc Jancovici dans cette fameuse conférence. Ainsi il paraît tout à fait normal, pour nous européens, de posséder une voiture, d’acheter des produits fabriqués aux quatre coins du monde et de consommer des tomates en hiver. Ce qui a rendu cela possible, c’est le pétrole et pas grand-chose d’autre. Jamais une source d’énergie si efficace et si facile d’utilisation n’avait été mise entre les mains de l’homme.

Alors voilà, si le prix du pétrole augmente (et il va augmenter vous pouvez surveiller vous-même de temps en temps : prix du baril), il entraînera avec lui le prix d’à peu près tout ce qui se vend sur la planète. Et ceci va modifier en profondeur notre société. Et il paraît évident que la sainte croissante est menacée.

Mais, je ne me risquerai pas à tenter de prédire les changements auxquels nous allons devoir faire face. Je vous propose les liens suivants qui peuvent en donner une idée : Le directeur des études économique de l’agence internationale de l’énergie, le compte rendu d'une conférence organisée par des experts français. Cela dit, il paraît sûr que tout cela ne se passera pas en douceur. Ou, pour le tourner d’une manière constructive, plus nous nous éloignerons de notre dépendance au pétrole, moins nous serons impactés directement. Concrètement, l’énergie la moins chère est celle que nous n’utiliserons pas. Je n’enfonce pas ici une porte ouverte : isoler sa maison et pratiquer le covoiturage sont les premières actions auxquelles il faudra penser même si je ne pense pas que cela soit suffisant.


Vu du JT, tout va bien

S’il y a une question qui reste en suspens, c’est bien la suivante : mais pourquoi les médias n’en parlent-ils pas ? Il est probable que dans les équipes éditoriales, les journalistes, par manque de temps et de formation technique, ne soient pas en mesure de faire la différence entre deux théories scientifiques contradictoires. Prenons l’exemple des climato-sceptiques. Quelques scientifiques émettent des doutes sur les travaux du GIEC (composé d’une centaine de spécialistes du monde entier) sur le réchauffement climatique à quelques semaines du sommet de Copenhague. Tout ceci est détaillé dans cet article de slate.fr. Comment un journaliste peut-il discerner le vrai du faux ? A priori, il va parler de l’une puis de l’autre information avec la même importance. Laissant à son auditoire le soin de se faire sa propre opinion. Finalement, la grande majorité aura des doutes (ne sachant qui croire à la manière du journaliste), ce qui était exactement le but recherché par les climato-sceptiques.

 



On peut prendre un autre exemple en visionnant l'interview ci-dessus diffusée sur France 3 en 2008. On y voit Loick LeFloch Prigent en tant qu’expert énergétique français (vu son glorieux parcours, Elise Lucet aurait pu être plus inspirée pour nous éclairer sur le sujet) nous expliquant très brillamment qu’il n’y a aucun problème d’approvisionnement en vue et qu’il faut juste se faire à l’idée d’un pétrole cher. D’autre part, on peut s’étonner également de la surprise de notre présentatrice à l’écoute des réponses de son spécialiste (on est en droit de se demander si elle s’est vraiment penchée sur la question).

Pour compléter mon interrogation sur le silence des médias, je vous propose ce point de vue ou encore celui-ci qui résument bien la situation.

 

Cependant, ces derniers temps, des politiques se risquent petit à petit à évoquer le sujet. Voici une interview de Barack Obama (VO) datant de juin 2010.

 

  

Il souhaite aider ses compatriotes à sortir de la dépendance au pétrole, en prenant exemple sur l’économie de guerre à partir de 1942, le plan Marshall, ou encore la conquête de la lune. Malheureusement, ces belles paroles n’auront pas tenu longtemps face aux enjeux électoraux de novembre 2010. Il y a également cette tribune de Cécile Duflot de septembre 2010 qui a le mérite d’évoquer sans équivoque le pic pétrolier. Ou encore ce discours de François Hollande (à partir de 25’) en décembre 2010 où il évoque ses solutions pour assurer la transition écologique. Cependant, l'un des seuls à précher dans le désert depuis plusieurs années et le Député Yves Cochet qui a écrit Pétrole Apocalypse en 2005. Aussi, je suis désolé mais dans toutes mes recherches, je n’ai pas trouvé d’homme ou de femme politique de droite parlant d’une manière ou d’une autre de ce sujet. Si quelqu’un a une piste je suis preneur.

 

Enfin, je vais finir cet article sur une note optimiste en vous informant de l’organisation d’une conférence à l’assemblée nationale le mardi 25 janvier 2011 à 19h30 à l’initiative du Pôle écologique du PS. Peut-être l’occasion pour que nos chers parlementaires soient un peu mieux informés sur le sujet et que les médias en profitent pour relayer l’information.

 

Mais ne vous inquiétez pas, il y aura toujours quelqu’un (qui n’a malheureusement pas lu mon article précédent ou qui s’en moque) pour trouver une solution efficace à notre problème : Investissez dans les compagnies pétrolières !

 

N’hésitez pas à me faire parvenir vos remarques et à diffuser cette page à ceux que vous voulez sensibiliser.

A très bientôt.

 

 

Si vous souhaitez d’avantage d’informations, vous pouvez visiter plus en profondeur les trois sites suivants :

le blog Oil Man de Mathieu Auzanneau (Journaliste indépendant)

le Site Manicore de Jean-Marc Jancovici (Ingénieur Polytechnicien)

le blog Avenir Sans Pétrole de Benoît Thévard (Ingénieur conseil en énergie diplômé de l’école des Mines)

Publié dans Aujourd'hui

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Claude 30/01/2011 10:23



A propos de la conférence à l'assemblée Nationale. Voici un résumé des interventions :


http://oleocenebackup.forumactif.com/t206-colloque-sur-le-pic-petrolier-a-l-assemblee-nationale-le-25-janvier#4823


Au final, c'est assez décevant même s'il a le mérite d'avoir eu lieu.



Avenir en Questions 30/01/2011 10:51



Merci pour cette information