Un peu d’éthique dans nos finances

Publié le par Avenir en Questions

 

Pour le premier article, j’ai choisi de vous parler du financement éthique car c’est pour moi la meilleur façon de changer les choses : l’argent c’est bien le nerf de la guerre, non ? Mais qu’est ce donc !!!

Plantons tout d’abord le décor en schématisant un peu les principes du financement. Bien, d’un côté, il y a des citoyens (et des entreprises), c'est-à-dire nous : nous avons besoin, au quotidien, d’un lieu pour déposer l’argent que nous possédons. Un lieu sûr qui nous garantisse que notre bien ne va pas disparaitre du jour au lendemain et avec un fonctionnement pratique qui nous permette de pouvoir, à tout moment, utiliser cet argent comme bon nous semble. De plus si possible, pourquoi ne pas le faire fructifier ?

D’un autre côté, nous avons des entreprises mais aussi des particuliers qui ont besoin d’argent pour réaliser différents projets (achat de machines, achat de concurrents, achat d’une maison…).

Entre deux, on y met une Banque qui va aider les seconds avec l’épargne des premiers en leur prêtant un capital. Bien évidement, la banque ne va pas prêter de l’argent sans une contrepartie financière c’est ce que nous allons appeler intérêt. Aussi, vous n’allez pas laisser votre banquier s’enrichir avec votre argent qui ne dort pas tant que ça, il va donc, dans sa généreuse bonté, rémunérer votre capital grâce à un intérêt. La différence entre les deux taux d’intérêt définis de part et d’autre permettra à la banque de payer ses employés et ses actionnaires.

Jusque là rien d’anormal me direz-vous ! Mais vous êtes-vous déjà posé l’une des questions suivantes : mais que fait mon banquier avec mon argent ? Quelles entreprises aide-t-il ? Quelles sont ses critères de choix ? A-t-il les mêmes valeurs que moi, a t-il la même éthique que moi ? Vous pouvez très bien penser que oui si ça vous arrange. Par défaut, je dirais plutôt que non. Et pourquoi me direz-vous ?

C’est très simple, reprenons notre vision schématique ci-dessus. D’un coté, de l’épargne disponible à qui nous demandons le meilleur rendement sans aucune autre consigne (entre 2% et 3% nous autres humains, nous choisirons toujours 3%). De l’autre, un banquier qui veut vivre de son travail en faisant surtout plaisir à son client (s’il vous rémunère 3% il faudra qu’il trouve un investissement à plus de 3% et il le trouvera toujours). Autrement dit, il cherche ce qu’on lui demande : un maximum de profit. Quelle est donc la contrepartie de ceci, car il ne faut pas croire, il y en a toujours une. A votre avis, si vous vous mettez à la place de votre banquier à qui l’on demande de trouver les investissements les plus rentables sans aucun autre critère de choix : qu’allez-vous trouver ? Pourquoi pas un équipementier de l’automobile qui vient de délocaliser à l’autre bout du monde pour diminuer ses coûts de production ? Par contre, seriez-vous intéressé pour financer le rachat de l’entreprise artisanale au coin de la rue qui va sûrement fermer (et vous avez peut être vous-même protester pour alerter vos élus), mais qui risque de ne pas pouvoir vous rembourser si le taux d’intérêt est un peu élevé. ?

Schizophrénie !?!

Dire les choses ainsi peut surprendre d’autant que vous trouviez la dernière campagne de publicité pour votre banque très réussie : des couleurs, une belle musique, des gens qui sourient…


Assurances et banques même combat !

Je me permets de sortir un peu du cadre ci-dessus, sans m’en éloigner très loin, en étudiant de plus près une société d’assurance très connue qui s’appelle AXA (de loin la première société d’assurance en France et la seconde au niveau mondial).

Voici donc la brochure de communication AXA toute belle avec les gens qui sourient que l’on peut trouver sur la première page de leur site internet où l’on dit que la société s’engage concrètement sur tous les problèmes importants de société, ce qui fait d’elle une société responsable. Et qui dit implicitement « donnez-nous votre argent, faites-nous confiance ! ». Un peu plus loin sur ce même site, on peut trouver, même s’il faut chercher un peu, ce communiqué de presse du 17 juillet 2007 titrant : « Retrait des investissements du Groupe AXA des entreprises productrices de bombes à sous-munitions ».

Deux remarques peuvent nous venir à l’esprit rapidement. La première : ah bon, AXA avait des investissements dans les bombes à sous munitions ? Et la deuxième : Eh bien ça, c’est une info qui mériterait de figurer dans la brochure, non ? C’est quand même un peu plus important que de diminuer sa consommation de papier ou apprendre à ses commerciaux à conduire avec plus de souplesse (très bonnes idées au demeurant mais qui ont moins d’impact sur le monde réel dans lequel nous vivons tous que d’arrêter de financer l’une des armes les plus sales au monde).

Un peu plus tard, une autre question peut venir également : est-ce que cela voudrait dire implicitement qu’AXA finance toujours à l’heure actuelle d’une manière ou d’une autre des usines d’armement fabriquant autre chose que des bombes à sous munitions sans que nous soyons au courant ? Vous qui êtes client de cette compagnie et qui dites haut et fort que vous êtes contre la guerre, ne trouvez-vous pas qu’il serait moralement justifié de poser quelques questions à votre assureur ? AXA n’est pris ici qu’à titre d’exemple, ses concurrents sont sûrement à loger à la même enseigne.

Bon, pour en finir avec cet exemple, je vous propose de lire le bilan de la campagne d’action d’Amnesty International  car il ne faudrait pas penser que le PDG d’AXA s’est réveillé un matin avec l’idée d’éradiquer de ses actifs le financement d’armes à sous munitions. Si les entreprises bougent, c’est qu’elles se sentent menacées. Leur image (obtenue grâce à des publicités avec des gens qui sourient) est bien trop importante !

 

Revenons donc à notre banquier, et demandons-lui également ce qu’il fait avec notre argent. Soit il nous sourira béatement en faisant remarquer que notre question est dérangeante, soit si nous ne sommes pas les premiers à lui avoir posé la question et s’il a eu le temps de potasser le sujet, il passera un peu de peinture verte sur sa merveilleuse banque responsable (La peinture verte, c’est le minimum requis aujourd’hui pour faire bien, sans avoir à chercher plus loin. Toutes les banques se doivent d’être à la mode, comme la brochure AXA citée plus haut très verte, éco-machin, machin-éco. Demain, s’il le faut elle sera bleue ou orange…). Si notre banquier est honnête il nous dira peut-être qu’il n’en sait rien (les produits financiers sont des entités très complexes qu’il est difficile de décortiquer surtout quand les banques se les revendent entre elles pour les inclure dans leurs propres produits), ou encore pourra-t-il nous montrer les graphiques suivants s’ils sont à son avantage (la présence des banques françaises dans les paradis fiscaux qui montre l’opacité de certaines banques, ou Empreinte carbone des banques françaises).

Sur l’un des graphiques, on voit apparaitre une banque dont peu d’entre nous ont déjà entendu parler : la NEF. Je vous présente une vraie banque éthique : pas de présence dans des paradis fiscaux, des investissements générant une empreinte carbone faible et une totale transparence quant à ses investissements (publication de la liste complète des projets aidés). Dans le même genre pour les amateurs de la nature et de ses petits producteurs, l’équivalent s’appelle Terre de Liens. C’est une banque gérée par une association. Ils aident par exemple de jeunes agriculteurs à s’installer. Avec l’argent que ses clients lui confient elle achète des terres qu’elle peut ensuite louer à un juste prix. Vous pouvez, entre autre choisir, de soutenir un projet en particulier, une région particulière ou de mettre dans un pot commun national.

Comme ces deux banques ne gèrent pas les comptes courants, je vous propose de vous rapprocher du Crédit Coopératif qui fait ça très bien, et qui travaille directement avec la NEF. L’autre solution qui n’est pas plus mal, c’est de garder votre banque actuelle pour vos besoins quotidiens et de transférer votre épargne vers les banques ci-dessus.

Si vous ne voulez pas ou ne pouvez pas faire cela, il sera toujours possible de dialoguer avec votre banquier pour qu’il comprenne que le sujet est important pour vous. Pour cela, il existe un outil important à connaître, c’est le label. Comme nous n’avons pas le temps d’analyser chacun des produits financiers existants (et que je le rappelle cela n’a rien d’une tâche facile), certains organismes, plus ou moins indépendants, labélisent ces produits pour simplifier nos choix. Pour ma part, je vous conseille de faire confiance au label Finansol plus qu’à d’autres.

 

Bien sur, quand on fait le choix d’aller vers des financements plus responsables, il ne faut pas penser gagner plus et encore plus et il faudra pouvoir s’en contenter. Et oui, le problème avec l’argent c’est que nous n’en avons jamais assez. Nous reviendrons sûrement un autre jour sur cette insatisfaction permanente.

A votre tour donc d’être éthiquement responsable, de faire un petit pas ou un plus grand. Ou pas. Ce sera votre choix et vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas. Pour vous aider dans votre démarche je vous conseille encore ce site : jechangedebanque.org ou celui-ci : Les amis de la terre.

Pour finir, je voudrais faire remarquer que peu d’entre nous ne possèdent aucun des produits financiers que dont j’ai parlé ici (PEA, assurance vie, épargne salariale, même un Livret A peut être remplacé par un Livret de Développement Durable).

Voilà, c’est donc terminé pour ce premier article.

N’hésitez pas à me faire parvenir vos remarques et à diffuser cette page à ceux que vous voulez sensibiliser.

A très bientôt.

Rq : J’ai eu l’occasion de découvrir ce thème en assistant à une projection, à la Maison de la Culture d’Amiens, du film : Moi, la finance et le développement durable de Jocelyne Lemaire-Darnaud, suivi d’un débat avec des acteurs locaux. Documentaire que je vous conseille bien évidement même si je crains que vous ayez un peu de mal à le trouver.

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yvon hx 25/03/2011 14:39



Pour étayer l'avis précédent sur cet article, je vous propose de regarder cette vidéo qui explique très clairement comment fonctionne les banques - http://vimeo.com/1711304


Excusez-moi si elle déjà en référence sur ce site mais apparemment je ne l'ai pas trouvé...


Installez-vous bien il y en a pour 52minutes... 


Merci à AvenirEnQuestions, il m'a ouvert les yeux face à ce que je sentais venir sans être capable de le matérialiser...


La suite, la suite...



Avenir en Questions 25/03/2011 18:01



Merci pour le commentaire et merci pour la vidéo. En effet, au moment où j'ai écrit cet article, je n'avais pas bien prit conscience de ce problème. Dans le même esprit, je vous conseille
inside job qui explique la
crise des subprimes en profondeur.



Olivier Laboulle 13/01/2011 16:33


Merci pour cet article très pertinent qui donne une suite constructive à l’appel de notre Canto national.
Un point peut-être négligé dans la description du fonctionnement des banques qui explique en partie la crise financière c'est que lorsqu'un épargnant donne 10 à la banque, elle en prête 100.
L’argent qui sort est sans relation avec celui qui sort.

Personnellement, je vais mettre mon épargne à la Nef d’ici peu et je vous tiens au courant !


Avenir en Questions 14/01/2011 20:40



C'est vrai que je n'ai pas creusé dans cette direction mais tel n'était pas mon objectif. N'hésitez pas à étayer votre remarque d'une manière ou d'une autre. Merci de nous faire part de votre
expérience !